Un vieux château

 

Passé le tournant, ils eurent devant eux, soudain, le château fort. Dressé sur un piton rocheux au-dessus d'une gorge sauvage, il avait encore grande allure. Et vu ainsi, de loin, il pouvait faire assez illusion pour que le cavalier le plus âgé s'écrie :

- Ce n'est pas une ruine !

- Plus près, vous verrez qu'hélas...

Sans achever sa phrase, il descendit de cheval. Son compagnon fit de même. Ils attachèrent leurs montures à un tronc de châtaignier et commencèrent à escalader la pente raide qui menait au château. (...)

De là, effectivement, on mesurait mieux les ravages du temps. La maçonnerie des tours était intacte mais les toitures que le vent avait arrachées par plaques laissaient à nu le bois des charpentes qui lentement pourrissait. Les orties et les ronces avaient envahi les cours. Les bâtiments principaux s'étaient en partie effondrés. Seul restait debout l'escalier de pierre qui avait dû conduire à la salle d'apparat si l'on en jugeait par la cheminée, magnifiquement sculptée, encore accrochée à un mur, comme suspendue au-dessus du vide.

 

- Jacqueline MIRANDE "6 récits d'un château fort" Castor poche Flammarion