Un naufrage
A ce
moment-là, le fanal suspendu à une chaîne qui éclairait la cabine accomplit un
violent arc de cercle et éclata contre le plafond. Avant que l'obscurité totale
se fasse, Robinson eut encore le temps de voir le capitaine plonger la tête la
première par-dessus la table. Robinson se leva et se dirigea vers la porte. Un
courant d'air terrible lui apprit qu'il n'y avait plus de porte. Ce qu'il y
avait de plus terrifiant après le tangage et le roulis qui duraient
depuis plusieurs jours, c'était que le navire ne bougeait plus du tout. Il
devait être bloqué sur un banc de sable ou des récifs. Dans la vague lueur de
la pleine lune balayée par les nuages, Robinson distingua sur le pont un groupe
d'hommes qui s'efforçaient de mettre à l'eau un canot de sauvetage. Il se
dirigeait vers eux pour les aider, quand un choc formidable ébranla le navire.
Aussitôt après, une vague gigantesque croula sur le pont et balaya tout ce qui
s'y trouvait, les hommes comme le matériel.
Michel TOURNIER "Vendredi ou la vie sauvage"