Une forêt inquiétante

 

Mathieu qui avait si souvent avec son charroi traversé ce bois dans la solitude n'avait jamais éprouvé l'angoisse qui l'étreignait ce jour-là. Voilà que parmi ces arbres géants, il se sentait redevenir l'enfant auquel sa mère racontait les histoires effrayantes de ces êtres ni dieux ni hommes qui peuplaient autrefois les vastes sapinières. Il retrouvait l'effroi qu'il avait connu au coin de l'âtre à écouter ces récits tandis que pleuraient les longs hivers ; mais aujourd'hui il était seul. Il n'avait plus autour de lui les murs épais de la maison et la voix de sa mère n'était qu'un écho tellement lointain que c'était à peine s'il la reconnaissait. Bientôt, ce fut comme si la forêt elle-même racontait, avec la plainte des arbres, avec leur ombre épaisse où pouvaient se dissimuler toutes sortes d'êtres redoutables.

Il essaya de parler, mais les quelques mots qu'il parvint à articuler l'effrayèrent. Il redouta d'éveiller toutes les forces inconnues tapies autour de lui et qui, peut-être, allaient l'enlever pour l'emporter en des lieux plus effrayants.

 

Bernard CLAVEL "La saison des loups"