Une étrange
cité
Les étrangers
invités à assister à la fête du Nuage n'étaient pas autorisés à se poser. Leurs
engins restaient en station aérienne aux abords de Diédohu.
Leurs files courbes étagées composaient dans le ciel les gradins multicolores
d'un étrange cirque posé sur le vide.
Sur le grand
écran, les savants de l'EPI virent les bâtisseurs énisors soulever sans effort des blocs rocheux qui devaient
bien peser des tonnes, les poser les uns sur les autres, les ajuster les uns
aux autres, les façonner, les modifier, les entamer du tranchant de la main,
les lisser de la paume, comme du mastic. Entre les mains des bâtisseurs, la
matière devenait impondérable, malléable, docile. Dès qu'ils cessaient de la
toucher, la pierre retrouvait sa dureté et sa masse de pierre.
Sans arrêt,
inlassablement, comme des fourmis, les bâtisseurs agrandissaient la ville,
taillaient des rues et des escaliers et des places aux flancs encore vierges de
la montagne, édifiaient des remparts, des maisons et des palais.
René BARJAVEL "La nuit des temps"