L' être
(...) C'est alors que son regard avait
rencontré celui de l’être. Et elle avait lu dans ce regard non humain quelque
chose qui ressemblait à une expression traquée, implorante. Alors Almine avait compris que l'habitant des étoiles n'était pas
venu pour tuer, qu'il était venu pour rien. Sans doute était-ce une avarie de
sa nef, un accident, qui l'avait forcé à se poser. Elle avait compris qu'il
avait plus peur encore que les hommes lancés à sa recherche, qu'il se sentait
seul et perdu sur cette planète étrangère.
(...) Mais
pourquoi avait-il quitté son astronef ? se demanda Almine. Avait-il peur d'être découvert et tué sur place,
comme une bête sauvage qu'on enfume dans sa tanière ? Elle aurait voulu pouvoir
communiquer avec lui, savoir ce qu'il éprouvait. Il faudrait que je le soigne,
songea-t-elle, je ne veux pas qu'il meure...
Elle sortit,
et descendit jusqu'à la cuisine. Elle en ramena des fruits, de la salade, de la
viande crue, dans un panier.
Elle regagna
le grenier. Peut-être était-ce la faim qui torturait l'être ? Elle déposa la
nourriture auprès de lui, l'approcha de sa bouche. Mais il ne mangea pas ; il
ne paraissait même pas remarquer la présence d'Almine.
(...)
Alain DOREMIEUX "L'habitant des étoiles" Folio Junior