Le petit prince et le renard
Le renard
revint à son idée :
- Ma vie est
monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se
ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si
tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas
qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous
terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde
! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi
est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste !
Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras
apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le
bruit du vent dans le blé...
Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :
- S'il te
plaît... apprivoise-moi, dit-il.
- Je veux
bien, répondit le petit prince, mais je n'ai pas beaucoup de temps. J'ai des
amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître.
Antoine de SAINT-EXUPERY "Le petit
prince"