La rivière
Mais au-delà
coulait une rivière.
On en parlait
souvent, à la veillée, mais je ne l'avais jamais vue. Elle jouait un grand rôle
dans la famille, à cause du bien et du mal qu'elle faisait à nos cultures.
Tantôt elle fertilisait la terre, tantôt elle la pourrissait. Car c'était,
paraît-il, une grande et puissante rivière. En automne, au moment des pluies,
ses eaux montaient. On les entendait qui grondaient au loin. Parfois, elles
passaient par-dessus les digues de terre et inondaient nos champs. Puis, elles
repartaient, en laissant de la vase.
Au printemps,
quand les neiges fondent dans les Alpes, d'autres eaux apparaissaient. Les
digues craquaient sous leur poids et de nouveau les prairies à perte de vue ne
formaient qu'un seul étang. Mais, en été, sous la chaleur torride, la rivière
s'évaporait. Alors, des îlots de cailloux et de sable coupaient le courant et
fumaient au soleil.
Henri BOSCO "L'enfant et la rivière"