La guêpe

 

- Il adore sa petite soeur, et il a beaucoup de patience avec elle : il s'en occupe toute la journée. N'est-ce pas, Paul ?

- Oh ! oui, maman !

Il s'en occupait, en effet. (...)

Il avait inventé un nouveau jeu dont les règles étaient très simples...

Il pinçait fortement la fesse dodue de la petite soeur, qui poussait aussitôt des cris perçants.

Alors Paul accourait, comme éperdu, vers la maison : "Maman ! Viens vite ! Une guêpe l'a piquée !".

Maman accourut deux fois avec du coton et de l'ammoniaque, et chercha à extraire, entre deux ongles, un aiguillon qui n'existait pas, ce qui redoubla les cris de la petite sœur, pour la plus grande joie du sensible Paul.

Mais il commit la grande erreur de renouveler une fois de trop sa plaisanterie fraternelle.

Ma mère, qui avait conçu des doutes, le prit sur le fait : il reçut une gifle magistrale, suivie de quelques coups de martinet, qu'il accepta sans broncher : mais la remontrance pathétique lui brisa le cœur, et à sept heures du soir, il en était encore inconsolable. A table, il se priva lui-même de dessert, tandis que la petite soeur, martyrisée et reconnaissante, lui offrait en pleurant de tendresse sa propre part de crème au caramel...

 

- Marcel PAGNOL "Le château de ma mère"