La chasse au loup
Autrefois, les loups étaient partout et la peur n'était pas un
vain mot. Les soirs d'hiver, surtout, lorsque les ressources de la forêt ne
suffisaient plus à les nourrir, leurs longs hurlements lugubres faisaient froid
dans le dos.
Dans
certaines régions de montagne, les couvreurs glissaient dans le toit une tuile
spéciale, percée de petits trous : la tuile à loup. Lorsque le vent la faisait
siffler, elle indiquait que la famine régnait dans les hauteurs et que les loups
n'allaient pas tarder à descendre jusqu'aux villages. On vérifiait que la porte
de l'étable tenait bien, on verrouillait à double tour le poulailler et le
clapier et l'on barricadait les volets de la maison, livrant les rues du hameau
à la plainte désespérée des grands loups affamés, creusant de leurs griffes de
longs sillons dans le bois des portes closes. La rage, parfois, les poussait à
la tombée du jour jusqu'au cœur des hameaux : "Au loup ! Au loup !"
criaient les premiers villageois. Alors, on lâchait les chiens, les gros chiens
mâtins au cou entouré d'un large collier aux pointes de fer acérées, pour que
les loups ne puissent pas les saisir à la gorge. Si l'on devait sortir la nuit,
on se munissait d'une lanterne à loup. C'était une sorte de boîte en fer percée
de petits trous, à l'intérieur de laquelle on allumait une bougie. Elle
provoquait un scintillement irrégulier qui effrayait les loups et les tenait à l 'écart...
JJ BRISEBARRE "Les
loups" Ed : Berger- Levrault