Dormir...
L'école
eut sur Tistou un effet imprévisible et désastreux.
Lorsque
s'ouvrait le lent défilé des lettres qui marchent au pas sur le tableau noir.
Lorsque commença à se dérouler la longue chaîne des trois-fois-trois,
des cinq-fois-cinq, des sept-fois-sept,
Tistou éprouvait un picotement dans l'oeil gauche et
tombait bientôt profondément endormi.
Il
n'était pourtant ni sot ni paresseux ni fatigué non plus. Il était plein de
bonne volonté.
"Je
ne veux pas dormir, je ne veux pas dormir", se disait Tistou.
(...) Rien à faire. La voix du maître se changeait en berceuse. (...)
Le
premier jour d'école, Tistou rentra chez lui les
poches pleines de zéros.
Le
second jour, il reçut en punition deux heures de retenue, c'est-à-dire qu'il
resta deux heures de plus à dormir dans la classe.
Au
soir du troisième jour, le maître remit à Tistou une
lettre pour son père. Dans cette lettre, Monsieur Père eut la douleur de lire
ces mots : "Monsieur, votre enfant n'est pas comme tout le monde. Il nous
est impossible de le garder."
Maurice. DRUON "Tistou
les pouces verts"