Deux agneaux en péril
J'ai reconnu
l'endroit. C'était là que mon père avait glissé. C'était là qu'il était tombé
au fond du précipice qui s'ouvrait devant moi. J'ai fermé les yeux, j'étais
comme pris de vertige. (...) J'ai rouvert les yeux. Et si mes agneaux s'étaient
réfugiés sous ces rochers plats, là-bas, pendant l'orage ? Il fallait que
j'aille voir, même si j'avais très peur
(...) Je
devais longer le bord en suivant un étroit sentier qui serpentait au milieu des
rochers. Brusquement, j'ai glissé dans un éboulis de pierres blanches.
Heureusement, j'ai réussi à m'arrêter à quelques pas à peine du bord. C'était
peut-être là que mon père... Mon cœur bondissait dans ma poitrine, si fort que
je l'entendais battre dans le grand silence de la montagne.
Je voulais
quitter cet endroit qui me faisait si peur. Mais derrière moi, il y avait
l'éboulis et mon père, que j'imaginais glissant sur les pierres, tombant... mes
yeux me brûlaient, mes oreilles bourdonnaient.
Soudain, j'ai
cru entendre un faible bêlement, tout proche de moi. J'ai fait un pas, deux
pas, au bord du précipice. Et j'ai encore entendu un bêlement, comme une
plainte. J'ai crié ! Ils étaient là, mes deux agneaux ! (...) Oubliant le
danger, j'ai contourné le précipice et j'ai couru vers eux.
GIORDA "La montagne interdite"